Il y a des événements dans la vie d’une personne qui marquent un temps nouveau.
Comme si on était au milieu d’un ouvrage, mais qu’on se rend bien compte que ça ne servira plus à rien de le finir.
Qu’il faut en commencer un nouveau. Dans l’urgence.
Le concert de Michel Cloup ce soir était de cet ordre. De cette importance.
Ce concert où je me fichais bien de devenir sourd, où le risque de perdre l’ouïe était moins important que le risque de ne pas entendre la révolte.
Et puis c’est le dernier morceau. Il marche seul sur scène comme on marche dans un bois un début d’automne. On a l’impression, là, d’avoir vu quelque chose d’important. Quelque chose qui change des vies, mais on ne sait pas comment, et certainement pas quand. Les notes qu’il lâche sont des baies qu’on cueille au pied de la brume. Déjà, on ne sait plus comment respirer. On se regarde pour se situer, s’assurer qu’on est encore là, physiquement.
Lui, dit merci, gracias, ciao ciao.
Comme si rien ne s’était passé.
Comme si s’était passé.
Et qu’on a vieilli. Qu’on a grandi.
Ce concert où je suis resté muet, où j’ai tiré la gueule quand il était fini mais pas parce qu’il était fini, justement. Parce que quelque chose d’important doit commencer, maintenant, depuis la fin de ce concert.
Et que je ne sais pas encore ce que c’est.
Que je n’en ai qu’une vague idée.
jusqu’au bout du tracé
jusqu’au bout du cercle parfait
nous nous sommes assis
je me suis endormi
contre toi
Par j, le 19/02/2012 à 17:22 dans sons. Lien.
Le piano.
La guitare à gauche se superpose au piano.
Le duo basse-batterie accroche la fin de la troisième mesure et en même temps une légère guitare vient frôler des accords dans l’oreille droite.
Deux tours.
Deux voix s’installent, la lead au centre et une grave à gauche.
Give up. Come to. Know how. We’re through.
Ça tourne, avec des variations dans la guitare de droite.
Break.
Petite accroche de la batterie pour reprendre le riff là où il était resté.
Une montée dans la voix.
La tension monte aussi.
Une guitare supplémentaire vient renforcer la tension.
On est à 2:15 et la voix se rapproche du micro.
Les cymbales rentrent pour une demi mesure.
Ça tourne encore
Retour des cymbales avec cette fois une descente de basse très discrète, de droite à gauche.
Le tout devient de plus en plus lourd. La tension de plus en plus palpable.
Les demi-mesures de cymbales sont plus rapprochées.
La voix devient rauque.
Le chant devient cri.
Grosse caisse / caisse claire à la noire pour une demi mesure qui mènent à la dernière partie du morceau.
Le riff et les accords à l’octave dans l’oreille gauche arrivent avec les paroles du titre.
No Future / No Past
Crié 8 fois dans le riff.
Brève sortie pour rentrer à nouveau, avec une montée de batterie, le temps d’une mesure bruyante et clôturer le morceau.
Par damien, le 15/02/2012 à 22:11 dans décrit. Lien.
Marie a la chance d’un prénom qui ne vieillit pas. De ses 87 ans, elle n’en paraît que 75. Elle descend tous les jours au rez-de-chaussée, au Pomm Resto. Elle s’installe derrière la fenêtre, au plus près de la terrasse. Ça fait 60 ans qu’elle pense partir, mais ça lui ferait de la peine de quitter Paris. Elle reste attablée l’après-midi, parce c’est triste de rester en haut, elle ne voit personne. Alors que là, elle voit des choses, des gens, des jeunes en rollers.
Elle prend le temps.
Elle dit qu’au Touquet, il doit faire beau en ce moment.
Par frederic, le 15/06/2011 à 18:02 dans Uncategorized and tagged mots. Lien.
De la verdeur du Saint-Martin, seuls les gens de Paris y voient encore de l’eau.
Les Japonais en passant rient. En secret ils y versent le matcha des poissons.
Par frederic, le 12/06/2011 à 20:01 dans Uncategorized and tagged mots. Lien.
La petite sourit. Elle ouvre les bras, palpe le vent entre ses doigts. Respire la vie.
Sa maman vient d’accélérer le pas. La poussette roule maintenant à quatre kilomètre heure.
Par frederic, le 11/04/2011 à 13:52 dans Uncategorized and tagged mots. Lien.
J’aime la proximité du tissu. Et derrière lui, la peau, les hanches de cette fille qui passe à côté de moi. Elle ne sait pas que son mouvement, ce léger balancement du bassin pour passer la chaise sur son chemin, que ce mouvement s’imprègne dans mes yeux avec la légèreté du tissu qui l’entoure, et la suit.
Par frederic, le 23/03/2011 à 23:10 dans mots and tagged mots. Lien.
C’est l’histoire d’un garçon normal, ou plus ou moins normal, et qui croit avoir des sentiments pour une fille. Dans tous les cas, quand il pense à la fille, ça lui fait tout chose et, la dernière fois qu’ils se sont vus (et ils ne se voient pas très souvent), il était encore plus chose, d’autant plus chose qu’il avait l’impression qu’elle aussi était toute chose (mais au féminin.)
Le problème, c’est qu’il avait l’impression qu’aucun des deux n’était prêt à reconnaître ce caractère chose. Que même s’ils acceptaient de le voir, ils ne désiraient en aucun cas essayer de le comprendre.
Une fois qu’elle est partie, la dernière fois qu’ils se sont vus, il a quand même essayé d’un peu comprendre ce truc chose. Mais il n’est pas certain qu’il ait vu quoi que ce soit dans ce brouillard. En revanche, plus il avançait, plus son impression de chose persistait. Et plus il se sentait bien dans le brouillard.
Alors il s’est dit mais saperlipopette ! c’est peut-être bien ça qu’on devrait faire ! Accepter la chose et marcher dans le brouillard, nom de nom !
Alors il s’est mis en tête d’aller le dire à la fille, sauf que la fille n’habitait pas la même ville et que, le seul moment où il pouvait aller la voir, eh bien elle, elle travaillait. Qu’à cela ne tienne ! se dit-il, je m’en vais lui faire la surprise romanesque de sa vie, je vais débarquer là, lui tendre fébrilement une missive et m’en aller comme un gentleman-voleur-de-coeur (enfin, j’espère.)
Et donc le garçon cherche à acheter un ticket de train (cher en dernière minute, pas facile), prend le train et arrive dans l’autre ville. Il prend le métro, se trompe de sens, repart dans l’autre et arrive au travail de la fille. Sauf que c’est pas facile, parce que son travail, c’est au milieu de plein de gens et qu’il lui faut tourner en rond pendant au moins 45 minutes avant d’apercevoir la fille. Et il l’aperçoit. Et il commence à trembler et ses mains deviennent moites. Mais rien ne l’arrête et il avance vers la fille, genre normal, et il la croise, lui dit hej ! t’es là aussi ? et elle de ne rien dire, parce que surprise, puis de reprendre son souffle et dire euh. ben. qu’est-ce tu fais là ?!? et lui de continuer style boâh, je passais et je me suis rappelé que je devais te filer ça, et là, il lui tend la missive sous enveloppe ! Elle a les yeux en points d’interrogation, ne comprend rien, et le temps qu’elle regarde et balbutie quelque chose comme euh, ben, he, ouf, lui, il lui dit bon ben c’est pas tout ça, mais je dois y aller. on se voit bientôt ? allez, bise, et il s’en va ! Le bougre. Le salopard ! Faire ça à une aussi jolie jeune fille ! D’autant qu’elle ne sait pas ce que contient la lettre, elle ! Qu’elle va devoir attendre le soir après le boulot pour pouvoir ouvrir la lettre et que toute l’après-midi elle va se dire mais qu’est-ce qu’il est venu là, ici, alors que j’ai l’air ridicule dans ce jogging et tout, merde ! (note de lecture : insister sur le “e” final de ‘merde’)
Et lui, pendant ce temps, il est reparti le coeur battant, le regard haut dans les airs, content de son traquenard qui, pourtant, pourrait pour le même prix lui claquer au visage comme un vieil élastique. Mais il s’en fiche. Il sait que son acte de bravoure, ça va la toucher, quelle qu’en soit la conséquence, l’avis de la fille ou la météo du lendemain. Sur ce coup-là, il l’aura touchée. Et pendant quelques secondes, il aura eu l’impression d’avancer avec elle, dans le brouillard, sans même se toucher du bout des doigts, mais que le brouillard, c’est juste elle et lui autour d’eux et qu’au final, à cet instant-là, il n’y a rien d’exquisement mieux.
Par frederic, le 20/03/2011 à 11:21 dans mots. Lien.
Le type joue seul, presque pour personne. Certains écoutent, mais le reste complète plutôt une galerie imaginaire. Une blonde à boucles laisse le rat du punk de service traîner dans son décolleté rouge. Elle rigole, ça chatouille. Derrière le haut-parleur, la copine du gratteur protège d’une main hésitante un chef-d’oeuvre espagnol inconnu ici. Elle se perd les yeux dans les inconnus. Son corps ressemble à une note aiguë et son regard à une grave. Lui, est seul, désespérément seul avec ses instruments. A regarder ses mains, on ne voit plus les cordes. On a l’impression qu’il caresse l’air ambiant et qu’en haut, ça fait rire les anges qui passent, et ça sonne beau. On s’y perd. On a beau connaître les gens, on se sent magnifiquement seul.
Par frederic, le 07/03/2011 à 22:10 dans mots and tagged mots. Lien.
Le problème ne fut pas tant de la revoir, mais bien de s’enivrer de son parfum. Car jamais une femme ne porte l’odeur qu’on lui voudrait, avant de rencontrer celle dont l’essence reflète l’image qu’on se faisait d’elle. Il n’y avait pas pensé avant de la revoir. Ce n’est qu’une fois assis qu’insidieusement il se laissa bercer les pensées par ce parfum de cocon aventureux qui semblait s’échapper de la racine de son cou, où une peau désarmante appelait au baiser.
Par frederic, le 28/02/2011 à 23:11 dans mots. Lien.
C’est vrai qu’un jour, il aurait pu tomber amoureux d’elle. Elle devait passer le chercher en voiture, elle est arrivée, l’a prévenu par téléphone et il est descendu dans la rue, il a cherché une voiture. C’était le premier beau jour de l’année, mi-janvier, et le ciel était bleu comme un ciel d’été. Il y avait du soleil comme un jour sans nuage, mais un peu plus encore. Il l’a cherchée, il a vu une voiture et quand il a voulu se diriger dans sa direction, il a entendu son nom dans son dos et l’a vue elle, qui arrivait en sautillant, le soleil blond dans ses cheveux sautillant. Et c’est là qu’il s’est dit que s’il devait tomber amoureux, c’était le moment. Elle souriait, avait son nom sur les lèvres, dans la gorge, et des particules élémentaires tout autour des yeux. Cela le ravit. Ils ont passé l’après-midi ensemble et c’était bon. Elle l’a ensuite raccompagné jusque chez lui et ils en sont restés là. C’était bien.
Il se demande aujourd’hui s’il est possible de ne pas tomber amoureux dans un moment touchant.
Il se demande aujourd’hui si la vie s’amuse parfois au yo-yo des tentations.
Il l’a revue et à nouveau, c’était bien.
Il la reverra sans penser à rien.
Pour qu’à nouveau, ce soit bien.
Par frederic, le 20/02/2011 à 20:45 dans mots and tagged mots. Lien.
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